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La peine de mort pour corruption devrait-elle
être abolie ?
Les fonctionnaires chinois coupables de crimes
économiques ont commencé à s’enfuir
à l’étranger depuis la fin des années
1980. Bien que la Chine ait signé des traités
d'extradition avec vingt-cinq pays comme la Thaïlande,
la Russie et la Corée du Sud depuis 1993, elle n'a
pas conclu de tels traités avec les pays d’Amérique
et d’Europe depuis longtemps. Par conséquent,
les pays occidentaux, en particulier le Canada et les États-Unis,
sont devenus l'asile idéal des fonctionnaires chinois
corrompus.
L’existence de la peine capitale en Chine
continentale est la raison principale pour laquelle les pays
occidentaux refusent l'extradition. Selon l’usage international,
si un criminel risque d’être condamné à
mort, il n’est pas extradé.
Le 29 avril 2006, le Comité permanent
de l’Assemblée populaire nationale (APN) a ratifié
un traité d'extradition avec l'Espagne, le premier
entre la Chine et un pays occidental. Ce document qui reconnaît
et accepte l’usage international de ne pas rapatrier
les criminels qui seraient condamnés à mort
marque une percée importante dans la coopération
internationale de la Chine en matière juridique.
Récemment, certains ont suggéré
que la Chine abandonne l’exécution de ses fonctionnaires
corrompus. À la session annuelle de l’APN en
mars, quelques députés ont proposé de
supprimer graduellement la peine capitale pour la plupart
des crimes économiques tels que la contrebande, le
vol et la corruption.
La proposition suscite la polémique dans
divers milieux. Les partisans croient que l’abolition
de la peine capitale aiderait à rapatrier les suspects
et à les juger en Chine, car c’est seulement
de cette façon que l’on pourra récupérer
l'argent extorqué et les biens détournés
afin de protéger les intérêts nationaux.
Sans le rapatriement, pas de punition possible, et la justice
devient un bout de papier.
Mais les opposants indiquent que la corruption
en Chine est effrénée à cause de la légèreté
des peines par rapport à la gravité des crimes.
Donc, la peine de mort doit être maintenue, car sans
punition grave, la corruption est hors de contrôle.
Il faut l’abolir
Wang Minggao, chef du groupe de recherche
sur la prévention et la sanction de la corruption :
Il est facile de dire « il faut exécuter
tous les fonctionnaires corrompus », mais, réellement,
cela ne résoudra aucun problème. Ainsi nous
devons adopter une attitude rationnelle.
La suppression de la peine de mort pour motif
de corruption aidera à dépister les fonctionnaires
corrompus et fugitifs. Depuis la réforme et l’ouverture
en 1978, environ 4 000 fonctionnaires corrompus se sont évadés
à l’étranger emportant plus de 50 milliards
de USD.
Si les criminels qui font face à la peine
de mort éventuelle ne sont pas rapatriés, cela
devient un obstacle institutionnel qui empêche la Chine
de poursuivre ces criminels. Les gens d’esprit rationnel
peuvent comprendre qu'il vaut mieux prendre des mesures plus
pratiques en faveur de l’extradition de ces criminels
et de l’établissement de leur responsabilité
juridique que de les laisser profiter de l’usage étranger
pour échapper à la sanction.
L'accord d'extradition de la Chine avec l'Espagne
accepte la clause de non-rapatriement des criminels qui seraient
condamnés à mort, une percée importante.
Contrairement à l’emprisonnement
à temps ou à perpétuité, la peine
capitale est brève et violente, mais la violence instantanée
ne peut pas toujours éliminer la corruption et effrayer
les criminels.
Jetons un coup d'œil sur l'histoire. Zhu
Yuanzhang, empereur fondateur de la dynastie des Ming (1368-1644),
adopta l’attitude la plus sévère face
à la corruption ; pourtant, il ne comprit jamais pourquoi
il n’avait pas réussi à mettre un terme
à la corruption.
Dans la vie réelle, la peine de mort
n'est pas forcément la punition la plus efficace. Parfois,
la perte de sa liberté, de ses biens et de sa réputation
est plus douloureuse que la perte de la vie et produit un
effet dissuasif.
L’abolition de la peine capitale pour
corruption aidera à ajuster les lois chinoises avec
le droit international. Jusqu'ici, une bonne centaine de pays
et régions ont légalement ou pratiquement supprimé
la peine de mort pour des crimes ordinaires, y compris la
corruption. Même les pays qui maintiennent la peine
de mort exécutent rarement les fonctionnaires corrompus.
Dans une perspective mondiale, la suppression de la peine
de mort est une tendance historique.
Non pas que nous devions suivre l’exemple
d’autres pays, mais nous suggérons d’éliminer
la peine capitale pour corruption parce que cela convient
à la situation de notre pays.
La Chine est signataire de traités internationaux
tels que la Convention des Nations unies contre la corruption
et le Pacte international des droits civiques et politiques.
L’abolition de la peine de mort par la Chine non seulement
correspondrait à ces deux documents, mais aussi montrerait
le respect de son engagement solennel envers la communauté
internationale. Cette démarche serait en faveur de
sa coopération juridique internationale et de sa lutte
contre la corruption.
Il faudra du temps pour résoudre ce problème
compliqué et délicat. Tout en proposant l’abolition,
nous avons centré notre étude sur l’établissement
et l’amélioration du système de solvabilité,
du système d’ouverture de comptes bancaires sous
le nom réel, et du système de déclaration
des biens familiaux. Nous sommes convaincus que c’est
seulement en établissant un système de prévention
et de sanction qui mette l’accent sur l’éducation,
l’institution et la surveillance que nous arriverons
vraiment à freiner la corruption.
Huang Feng, directeur de l'Institut
de recherche sur le droit pénal international relevant
de l’École normale supérieure de Beijing
: Si nous comptons seulement sur des sondages d'opinion,
la peine de mort ne sera jamais supprimée. Mais le
« non-rapatriement des criminels qui seraient condamnés
à mort » est déjà un principe de
base de la coopération internationale d'extradition.
Si nous ne signons pas de traités d'extradition
avec les pays de destination des criminels en fuite, il n’y
aura aucune base juridique pour que la Chine procède
à la coopération d'extradition avec ces pays.
Juridiquement, signer des traités d'extradition bilatéraux
avec ces pays est urgent pour nous. Naturellement, nous pouvons
prendre quelques mesures de remplacement comme le rapatriement
des immigrés illégaux, mais cela ne fonctionne
pas toujours.
En outre, la peine de mort exerce seulement
une influence limitée sur les crimes économiques
non violents. Les fonctionnaires corrompus préfèrent
mourir après avoir perdu leur revenu illégal
et leur réputation. C'est pourquoi le taux de suicide
est relativement élevé parmi eux. Donc, il suffit
de leur enlever la fortune économique et le prestige
politique.
Il faut la maintenir
Chen Zhonglin, doyen de l’Institut
des sciences juridiques relevant de l’université
des Sciences politiques et juridiques de Sud-Ouest : Le
droit pénal chinois va vers l’abolition de la
peine de mort pour crimes non violents. Mais je ne pense pas
qu’il faille le faire seulement pour faciliter le rapatriement
des fonctionnaires corrompus.
Tout d'abord, les crimes menaçant directement
la sécurité publique, tels que le meurtre, l'incendie
criminel, le vol et le viol, méritent le rapatriement
encore plus que la corruption. Ainsi ne pouvons-nous pas éliminer
la peine de mort seulement en raison du rapatriement.
Ensuite, on peut résoudre le problème
d'extradition sans supprimer la peine de mort, et stipuler
dans les accords que la peine de mort ne sera pas appliquée,
comme condition préalable de rapatriement. En général,
la Chine n’applique pas la peine de mort aux auteurs
de crimes économiques, même quand une somme extrêmement
élevée est impliquée. Ceci aiderait à
éviter un résultat injuste : ceux qui ne se
sauvent pas à l'étranger sont exécutés
et ceux qui réussissent à fuir survivent.
Par ailleurs, nous pourrons stipuler que ceux
qui sont exemptés de la peine capitale en raison de
rapatriement ne bénéficieront d’aucune
libération conditionnelle ou n’en bénéficieront
qu’après vingt ans d’emprisonnement, de
manière à réduire l'influence négative.
Enfin, la corruption est le crime non violent
le plus nocif. Abolir la peine de mort pour corruption avant
de l’abolir pour d’autres crimes non violents
est injuste et risque d’avoir un impact très
mauvais sur la société. Le raisonnement selon
lequel la peine de mort n’aide pas à combattre
la corruption est sans fondement, car la vie est le bien le
plus précieux pour la majorité des gens.
Xie Wangyuan, professeur de droit pénal
international à l'université Renmin :
Le principe de non-rapatriement des criminels ne devrait pas
avoir une grande influence sur l'extradition des fonctionnaires
corrompus en Chine. Bien que quelques pays puissent l'employer
comme excuse, la Chine peut leur promettre de ne pas appliquer
la peine de mort et, en fait, a résolu beaucoup de
cas de rapatriement par cette méthode.
Je suis favorable à la suppression progressive
de la peine de mort pour des crimes ordinaires non violents,
y compris la corruption et la malversation. Mais je dois faire
remarquer que ces deux crimes sont vivement condamnés
en Chine. Pour la plèbe, l'application de la peine
de mort dans ces cas n'est pas excessive ; elle est insuffisante.
En fait, la suppression de la peine de mort
pour corruption va à l’encontre de l'opinion
publique.
Liu Tingji, professeur de droit international
à l'université des Sciences politiques et juridiques
de Chine : Le non-rapatriement de tous les criminels
susceptibles d’être condamnés à
la peine capitale est une exagération de médias.
Jusqu'ici, plus de la moitié des pays
du monde maintiennent la peine de mort. Le ministère
chinois des Affaires étrangères a indiqué
que le traité d'extradition entre la Chine et l'Espagne
dans lequel la Chine a promis pour la première fois
d'exempter les suspects réfugiés en Espagne
ne servira pas de modèle aux futurs traités
avec d'autres pays.
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